À Ramonville-Saint-Agne, comme dans plusieurs villes voisines de l’agglomération toulousaine, les habitants constatent une augmentation régulière des nuisances liées au grand gibier. Depuis quelques années, les sangliers s’installent durablement dans certains secteurs devenus très favorables à leur présence.

En effet, les friches urbaines se multiplient autour de Toulouse. Ces terrains peu entretenus, souvent envahis par une végétation dense, offrent des refuges idéaux aux animaux. Résultat : les collectivités locales doivent désormais gérer des dégâts de plus en plus fréquents, mais aussi des impacts sur la biodiversité.

« Les sangliers retrouvent en ville tout ce dont ils ont besoin : des zones de refuge, de la tranquillité et de la nourriture facilement accessible », explique Shania Coulson.

Plusieurs communes sont concernées par cette situation, notamment Ramonville-Saint-Agne, Balma, Blagnac, L’Union ou encore Saint-Orens-de-Gameville. Par ailleurs, l’urbanisation continue réduit progressivement les espaces naturels et les zones chassables. Les animaux se rapprochent donc naturellement des habitations.

« On retrouve parfois des friches au milieu des maisons. Les sangliers s’y installent durablement, surtout lorsqu’ils trouvent également de la nourriture dans les jardins ou les potagers voisins », précise la chargée de mission environnement.

Une menace croissante pour la biodiversité locale
À Ramonville, les conséquences dépassent largement les simples dégâts dans les jardins privés. Certaines espèces sensibles souffrent directement de la présence du sanglier. C’est notamment le cas de la Jacinthe de Rome, une plante protégée dont les bulbes attirent les animaux.

De plus, les sangliers dégradent les prairies et les zones humides lorsqu’ils retournent les sols pour chercher de la nourriture. Cette activité perturbe fortement certains milieux naturels.

« Il y a aussi de la prédation sur des œufs d’amphibiens et de reptiles », souligne Shania Coulson.

Les nuisances touchent également les équipements publics. Dans plusieurs communes autour de Toulouse, des clôtures sont endommagées, des terrains de sport sont dégradés et des espaces verts sont régulièrement retournés. En parallèle, les collisions routières et ferroviaires augmentent dans certains secteurs.

Pourquoi la chasse ne suffit plus autour de Toulouse
Dans les zones urbaines, organiser des opérations de chasse reste extrêmement compliqué. La proximité des habitations impose des règles de sécurité très strictes. Même si des interventions de louvetterie existent, elles ne permettent plus de répondre seules à l’ampleur du phénomène.

« Les louvetiers sont des bénévoles avec des secteurs très importants à gérer. Aujourd’hui, la gestion de l’espèce seule montre ses limites », reconnaît Shania Coulson.

Face à cette situation, la Fédération Départementale des Chasseurs de la Haute-Garonne développe une autre stratégie. Désormais, l’objectif consiste aussi à agir directement sur les habitats favorables au sanglier.

Transformer les friches urbaines en prairies bocagères
La solution envisagée repose sur la réouverture des milieux embroussaillés. Concrètement, les équipes cherchent à transformer certaines friches urbaines en prairies bocagères. Ces espaces restent favorables à la biodiversité, mais attirent beaucoup moins les sangliers.

« Le sanglier pourra toujours passer, mais il ne trouvera plus les conditions favorables pour s’y installer durablement », explique Shania Coulson.

À Ramonville, plusieurs secteurs ont déjà été identifiés. C’est notamment le cas d’une zone située sous une ligne haute tension exploitée par RTE. La commune, la Fédération des chasseurs et le gestionnaire du réseau électrique travaillent actuellement ensemble afin de mettre en place un plan de gestion adapté.

Les travaux prévus sont relativement simples. Ils consistent notamment à broyer la végétation dense, recréer des haies, conserver certains arbres et semer des mélanges mellifères favorables aux insectes pollinisateurs.

Le projet Oc’Sanglier et le Fonds Vert Pollinisateurs
Cette démarche s’inscrit dans le cadre du projet régional Oc’Sanglier, porté par la Fédération Régionale des Chasseurs d’Occitanie. Depuis plusieurs années, ce programme accompagne les collectivités confrontées aux problèmes liés aux sangliers et aux friches urbaines.

En parallèle, le dispositif « Fonds Vert Pollinisateurs », soutenu par l’État, finance désormais une grande partie des travaux de réouverture des milieux.

« Le Fonds Vert prend en charge jusqu’à 85 % du coût des travaux. Cela permet de créer des milieux plus favorables aux pollinisateurs et à la petite faune tout en limitant les nuisances liées aux sangliers », détaille Shania Coulson.

Au-delà de la seule question de la régulation animale, ces projets montrent une nouvelle manière de gérer les territoires périurbains. Les collectivités cherchent désormais à concilier biodiversité, sécurité et aménagement du territoire.